20 septembre 2008
56 Departures

Zone Utopia, Journal d'embarquement
Du grec : où = non ; Tóπoç = lieu
J’avais enfin trouvé ce pays merveilleux, l’île du dinosaure de notre enfance ? non l’idéal : le non lieu, c’était ici. Plus particulièrement cet endroit de l’aéroport appelé zone d’embarquement. Tout concorde ce fût l’illumination. Seul ici pouvait-on donner sens à ce no man’s land, ni dans mon pays ni dans un autre. Magnifique, enfin libre d’être, sans appartenir à aucune entité, nulle part et partout à la fois : porte de la terre. Atome assez rapide pour se colporter autour de la planète, être un et tout en même temps. Peu d’autres possibilités à ma connaissance, aussi extraordinaire de cet état d’inexistence, en partance pour quelque terra incognita. Invisibilité unique donnée de vivre, d’entre les mondes.
Univers assez inquiétant, froid sans aucun doute, était-ce de situer ici ce fameux ou fumeux état de liberté où les lois sont suffisamment floues pour quelques minutes et nous laisser dans l’attente d’autres choses mais quoi ?
Point névralgique, d’un organisme politique et humain, hyper-sensibilité du corps de l’animal, la fine aiguille de l’acupuncteur y aurait un sens ici ?
Respirer prondément et sentir ce vide parfait du Tao des origines.
A l’idée d’avoir trouvé ce nulle part rassurant, je saisissais maintenant tel le moine à la vue de sa grotte, l’espace qui rejoint tous les espaces à la fois, le tunnel de verre traversant le temps et circulant d’un lieu l’autre, ce qui précède le big bang, matière noire ou bien soleil gigantesque et puissant qui recèle toutes les forces d’avant sa diffusion dans la multitude infinie libérant neutrons, protons. Tous les espoirs ainsi contenus dans l’utopos mère, matrice des individus auraient retrouvé leur cocon véritable, patrie des errants après tant d’années de mensonges. Les philosophes peuvent bien gloser, c’est ici dans ce bloc infâme pour architecte en mal d’imagination, banquettes d’aluminium alignées tristement, que l’homme se ressourcera de toutes les folies violentes des rois et des grands argentiers, propriétaires, tyrans, nuls en tout, engraissés de notre belle sphère collective. Comment est-ce possible que cela ait existé, si simple. Aujourd’hui, chaque centimètre devient la proie de tel ou tel, la pauvre boule bleue en prise à la croche des doigts les plus habiles ?
Formidable question qui m’est offerte, ou l’esprit en quête de vérité rejoint la réalité.
Pauvre chiot encore tiède de sa naissance blottit dans ce recoin de l’humanité pourra y rester quelques instants avant de reprendre ses forces, réfléchir à son devenir pour être de nouveau prisonnier des turbulences de ceci ou cela, caprice de l’un ou de l’autre, tribut à payer à tel ou tel. Justification à rendre en bonne et due forme. Poètes vos papiers ! dirait Léo.
françois montagnon © Ta-Nõn.FM.Paris 2007-2008 All rights reserved
60 Where 1 ?

76 One american coffee select please !

75 Select

jal

Le Sordido de 19h40
-Expédition à CDG , il est un peu tard jeune homme, mais bon, histoire de sentir l’ambiance. Peut-être quelques photos de détails simplement. Pas comme la dernière fois, je n’ai pas envie d’y être furtif mais de profiter du joli temps d’hiver et m’exiler pour ce voyage immobile.
Obligé de prendre l’ô RER, fange d’une société de ghetto uniforme. Espaces imbriqués les uns dans les autres, sortes de cubes translucides et fermés ou chacun se transporte telle une capsule. Monde retord et inexplicable, toujours si long pour s’arracher de là, quitter par la coulée grise la plus misérable qui soit, grouillante, pas envie de s’y arrêter. Visages butés, nerveux , formes indicibles, fantômes de vie, un groupe de jeunes filles gloussantes déferlent et se jettent sur les banquettes taguées, sortes de sexes écartelés, pantalons ultra-serrés sur les fesses hautes-bombées, étalons féminins tendus, dans une folie toute provisoire, rire forcé, trop fort, comme pour conjurer les lendemains qui déchantent, habitants éternels de ces lieux aux noms évocateurs de rien de bien ni de beau.
J’apprécie les aérogares informels que l’on traverse, on ne s ‘y englue pas, le temps s’arrête au provisoire. Pas de problême de boulot, de factures, d’avenir professionnel. Le monde est condensé au présent, l’avion à prendre éventuellement celui que l’on attend.
Tout à l’air possible de se tirer de là. Les clodos y pullulent, le caddie d’acier placardé Samsung à la main en partance pour nulle part, sac Vuitton à l’avant du fourbi, mini bouteille de whisky dans la cage à sac à main du chariot, jamais de modifications de planning sauf le quotidien minable de rien, ni de changement, impasse totale, vieille femme usée aux cheveux filasses grisonnante se fait très discrète, s’insère au beau milieu de pimpantes japonaises maquillées finement Shisheido, paupières bleutées, parfumées Channel, propres et lumineuses, cierges de chapelle à la chaux-vive -Ce qui me rappelait les beaux jours de la BPI du centre pompidou, la cour des miracles, même contraste, belles étudiantes avenantes, prêtent à discuter avec qui veut, des beaux quartiers, avenir prometteur, une chaise plus loin, traîne-misère du plus bas que bas, pouilleux mais accrochés au bord de la falaise par des doigts agrippés, bien installés sur son droit de vie ici avec ou sans livre- Pourtant la police examine des yeux, les faux des vrais voyageurs, ce qui oblige les vrais sdf à marcher toute la journée en quête de rien de spécial si ce n’est de terminer une de plus dans le boisseau de la subsistance.
Je trimbalais toujours cette question du temps retourné comme un boomerang au point de départ quoiqu’il arrive, d’où qu’il fût lancé alors pourquoi pas d’ici ? Inquiétant pour une majorité, selon moi simple comme de respirer, je vivais avec ce vide, monde transitoire, on ne peut plus, ici ou là, là ou ailleurs qui savait ou se trouve le fameux point d’ancrage ?
Seule une place au « Café Select » TB CDG2, une place toujours identique qui donne sur le Tarmac, rare en effet depuis les alertes, car tout l’aéroport se reduisait à une sorte de bunker, refermé sur l’intérieur, une tortue, reptile avec son bouclier de facettes en écailles osseuses sur le dos. Le beau café, sous le panneau d’affichage du terminal F-G disparu depuis la chute de la toiture il y a 3-4 ans, erreur de l’architecte ou du constructeur bouygues ?
Ici on parle Allemand aujourd’hui vers 18h08 probablement des cadres qui rentrent chez eux, l’ordinateur portable ouvert naturellement. Pour eux pas de répit toujours en mouvement, pressé de revoir la famille, le projet de business et l’argent qui allait avec.
En face le Hilton et les avions hideusement orange de la compagnie Charter Easy-jet, loin des illustres décors de la Qantas alignés comme de beaux animaux bien nés d’une autre planète miracle, désert de cailloux de mines et faces noires ou bleues des Aborigènes, plusieurs millénaire avant, tachisme pictural des origines sur les carlingues des 747. Pour moi ceci n’était plus le voyage mais sorte de train de marchandises avec lequel on part et revient blafard, les paquebots de Loti ou d’autres personnages de légendes étaient déjà si loins.
Il faut entrer dans une sorte de méditation et se rappeler les beaux morceaux de vie que l’on avait eu, la chance avant que tout ne sombre dans le grottesque. Encore quelques miettes de ces transportations de lumière, sans que personne n’ait rien à redire, à juger, mince espace de liberté que j’attrapais avec vigueur dès que possible. Il ne faut pas plus pour rêver à cet univers joyeux de peaux brunes, d’hotesses légères aux voix chantantes comme des oiseaux.
Le soleil se cache, les éclairages colorés de la piste s’allumaient, magique, les sons se modifient aussi imperceptiblement dans la nuit, couverture protectrice moelleuse, torches puissantes, phare de mer. Nous étions nulle part pour aller nulle part, le serveur mécanique distribuait les cafés et chocolats, pion intégré à cet sorte d’échiquier qu’était un hubs et encore il fallait aller à celui de Kuala pour se rendre compte des dimensions. Je ne connaissais pas le nouvel aéroport de BKK Suvarnabhum, pas mal de problêmes à la construction, énorme aux dimensions de l’imaginaire thaï incroyable. C’était l’oeuvre du dernier potentat, dispendieux à souhait, combien ? parti avec le magot colossal pour toute la famille Thaksin originaire de Chiang-Maï, lui aussi avait arrosé toutes les entreprises de là-bas. Enfin c’était terminé, état fluctuant sinusoïdal de quelque chose, toujours en transit d’ailleurs, royauté à l’ancienne, famille chinoise en fait impertubable et impénétrable.
Mini bus de piste et transport de valises, tout s’arrête vers 00h00 jusqu’au lendemain. Je ne serai en partance pour les fleurs du bien, les sourires de soleil, les zones humides de l’Asie, douches défaites et filet d’eau rouillé.
C’est beau un aéroport la nuit dirait-il, envie de se couler dans le béton vernis ou huilé d’ici, à une chaise et regarder les gens passer, allant et revenant, jamais ne s’enterrer dans une province oubliée d’un bout de l’europe ou du monde. Le ciel est beau ce soir, comme emplit de généreuses colombes, les petits nuages de traines aussi.
Groupe d’hotesses, possibilité de vie. 19h12.
Un avion et l’on part tout changer Paris, Tokyo, Bangkok ? recommencer à zéro, être de là-bas, extra-terrestre d’ailleurs. La nuit le tarmac derrière sa baie vitrée, les derniers passagers du vol du soir KE pour Séoul sur koréan Air 20h25 dans le T2F.
L’architecte avait eu la mauvaise idée de réduire les fenêtres à ces sortes de carrés de béton brut de 60cm de coté, ce qui limite la vue sur cette vie étrange des mouvements de piste des avions en partance ou d’arrivée, les néons des passerelles d’embarquement illuminées avec des passagers éparses comme suspendus dans le vide.
Je n’ai jamais aimé rentrer chez moi, bizarre tous ces gens qui viennent et repartent comme des balles de jokari au point initial, quoiqu’il arrive, vers le misérable cube de bois vaguement arrimé au sol par un clou tordu, injouable ce truc, qui dérape sans cesse, chaque fois que l’on veut en partir, élasticité énervante. Heureux de retrouver le pavillon, une histoire de vie écrite à l’avance. J’apprécie énormément le fait d’être seul dans ce genre de moments spéciaux écartés du quotidien ; effrayant d’ennui, jusqu’à se retrouver dans la tombe du néant. Que restera t-il de ces instants volés et d’espoir à la fois, l’espoir que tout change enfin, l’on puisse tout oublier devant derrière, choisir autre chose de neuf en dehors des clous de l’habitude, CVS bien polissés. De tout ce que je déteste, oculus total de l’esprit donnant sur quel numéro de piste, d’où l’on détermine gauche-droite tel un jeu vidéo, manipulant un petit bonhomme vivant et animé à l’aide d’une manette en plastique con, non plutôt tennis Pong la pure console 70, écran noir et blanc bien entendu, télé arrondie, un pixel énorme bien carré ; la balle ; le joueur un simple trait long et vertical sur fond noir, ce que j’étais enfin.
A peine prends-je une photo qu’une gravure de drague sapé à l’esbrouffe de la tête aux pieds, jouant des épaules, de la frippe de luxe quoi, que je ne visais pas spécialement -puisque je cadrais le panneau Departures des Leds de magnificence de clignotants orange, nirvana ou arbre de noël du voyageur prêt à embarquer physiquement ou par l’esprit- « tu veux ma photo ? » dira t-il avec notez le une certaine courtoisie... Décidément seule l’Asie que j’aime devenait vivable synonyme de douceur d’exigence, d’élégance par le verbe, et le geste indolore calme. Ici je ne me sents plus trop relié par ma sensibilité a cette partie du monde dans son ensemble, ce genre de rapports de force humains exercés et permanents, qu’il fallait subir contraints forcés ou infliger aux autres pour être sinon respecté, admis.
Retour enfin par le sordido de 19h40 pour Paris, beaucoup de SDF qui sévissent ici. Puis les arrêts Vénus, Mars, Jupiter qu’on dirait bigarré dans le bobo illustré. Heureusement le dernier vol de la koréan avait déposé un joli visage triangulaire avec des yeux plissés extraordinaires en accent circonflexe qui vous faisait oublier que je survivais chaque jour ici.
La route des oubliés
Dans les rues de Paris, sites étranges où l'on se glisse comme dans une machinerie, ses boyaux, ses aires de lumières, puis les rues de nuit, ce 13e ou se frôlent des gens d'ailleurs, sac en main, courant de ci de là vers les restos, laveries, sombres caves où se fabriquent des vêtements, les joueurs, les bouddhas dans les parkings. La rue brille ce soir, il est tombé beaucoup d'eau, l'air humide fait fuir les passants, ils préfèrent la châleur des voitures. Mais pour le photographe le contact avec la nuit est des plus importants, voir ces visâges qui se détournent se ferment. On essaie de se mémoriser leur vie avant, au dessus du tropique du cancer, qu'ils ont fui pour trouver l'Eden ici, dans notre Pays. Pourtant je cherchais là bas, moi le rêve collé aux chaussures à crampons de terre rouge des routes de l'éternité. Le souvenir des nuits des jours, sur la moto, le portail grinçant après la sente, portrait du Roi, à droite, c'était ici, bon... le longs bambous dont on ne savait depuis quand étaient ils là. Taudis, planches, les photos que l'on sortait des plastiques pour protéger des rats et des insectes. La vieille femme était là aussi, centenaire allongée près de la mort, respectée, changée, le portrait du vénérable de famille encensé aussi. Tout cela comme oublié dans le frigo de Paris, les sourires partis, les sacs de mandarines, main dans la main début des histoires fortes. Que ne restait il, de la douleur, inextinguible, le feu dans les veines, le ventre qui serrait.
Dans les marches nul ne savait, ne pouvait voir, pourtant quelquefois, on esperait qu'ils comprennent enfin, ce qu'on avait vu, ce qu'on avait senti sous ce corps éteint, mais tout un chacun en dit autant, les nuages au dessus de la ville sombres. Ma ville si loin de moi, un peu de ce lambeau de vie qui s'accrochait, le léger bruit de moteur de l'appareil, que faisait il à cette heure, de prendre quoi ?
On ne savait quoi répondre, avait on peur, était il mort la bas, ventre rayé de la blessure ultime, de cet enfant qui était né maintenant adolescente, au père malade, on s'occupait de lui, hemiplégique, mais c'était lui le père.
Dans la chaleur du nord, la fraicheur tombait vite lorsque l'on montait en haut des montagnes, virages en virages vers le temple, la vue sur la ville, les mains encastrées. Une prière, le string qui se voyait a genoux, face au bouddha. Ces corps vivants qui semblent s'excuser d'avoir du plaisir, tintent les clochettes d'or et d'argent. Re-descente vers le soir, froideur du vent sur les bras gelés, la peau qui s'hérisse, mystère de cette ville, on voyait de loin les lumières des routes qui menaient au village dépouillé, rêve inaccessible ici, les cochons dans le jardin, ce nom qui raisonnait en moi par a coup de fureur, la brûlure des hommes aimés.
Pourtant rien ne s'arrêtait jusqu'a la mort, on ne pouvaient plus rien, les êtres s'immobilisaient comme des mécaniques usés, insectes fatigués qui s'arrêtaient de vivre d'un seul coup, les histoires disparaissaient, les jeunes assureraient l'avenir alors.
On se souvenait de lui, d'elle, loin loin mais les corps se frôlaient à nouveau sans fin sans fin, sans fin jamais.
l'oeil de Xenon
Baby-boomer ira s'exploser au ras des flots
Paquepot découpé là-bas au chalumeau
Tu souffles froid et chaud
vieux gisant sur le malacca
Pirates fondent avec leur bazookas
Tapis dans les ilots d'en face,
Les yeux jaunes comme de l'or
Après les ruines du monde
Sur la nappe toxique immonde
Pousseront toujours les truffes alertes
Dégager nos objets tant aimé et puis
10 octobre 2009
Une chaise à Tokyo
La période était morose, tout allait de travers, mes pensées en contresens, mes rapports avec les autres et ma concentration, mon désordre intérieur, mes convictions étaient diluées.
Envie de tout bazarder mais quoi après, il faut bien reprendre une route avec une sorte de bâton de pélerins.
Je rumine un tas d'erreurs mais au bout il n'y a qu'impasse et peu de développement, je suis fatigué de toutes ces choses qui n"ont pas portées, pas d'écho auprès de personne, reste mon livre à publier mais même constat, reporter les rendez-vous, le peu d'empressement. Il faut beaucoup de force après un certain âge et beaucoup d'échecs personnels, les amis se tarissent et s'éloignent avec la même constance.
Et puis des détails familiaux qui m'avaient cassé le moral, certaines découvertes peu éclatantes en apparence mais qui de mon point de vue ne faisait qu'augmenter notre solitude à rien se raccrocher sauf que du futile et du superficiel.
Ce monde me paraissait de plus en plus froid et le chacun pour soi devient invivable, car au fond la course est solitaire quoiqu'on fasse et ce quiproquo permanent entre les intentions de chacun, enfin beaucoup de déception.
78 Lost in Translation

80 Vraaaoum
81 Le grand virage II

83 Majorette sur l'asphalte

85 les montagnes Russes

89 Solo Telefono

84 Noir réglisse

90 Où sont mes luggages

79 Road under Road

74 SOS Spider

